samedi 10 octobre 2015

Semaine chantante Serge Lama à Maurs

J'ai participé cet été, du 16 au 22 août 2015 à Maurs dans le Cantal, à une Semaine chantante Serge Lama organisée par Chœur & Création. Nous étions près de 150 choristes, venus des six coins de l'hexagone, réunis au village vacances La Châtaigneraie où chaque année Chœur & Création propose une semaine chantante sur un grand chanteur français. Après Aznavour, Bécaud, c'est cette année Serge Lama qui était à l'affiche.

L'idée est simple : "travailler" pendant une semaine une quinzaine de titres harmonisés pour quatre voix, et présenter en fin de semaine un spectacle de restitution. Quelques choristes faisaient partie du groupe "mise en scène" sur quatre ou cinq titres. Chœur & Création avait envoyé les partitions et un CD de travail début juin afin que nous puissions nous familiariser avec les chansons. Les journées étaient bien rythmées : répétition de 9h à 12h et de 16h à 19h, randonnée pédestre ou aquagym pour les volontaires en début d'après-midi, animations en soirée.

Mais l'organisation, aussi parfaite soit-elle, ne serait rien sans le charisme du chef de chœur, Christophe Duhamel, ancien enseignant devenu éditeur musical et organisateur de stages de chant. Grâce à sa maîtrise précise et sensible du chant choral et de la musique, à sa patience infatigable, à son humour subtil aussi (!), il est parvenu à nous entraîner dans une belle synergie artistique, à nous procurer le plaisir de partager cette aventure chorale et humaine. L'équipe qui l'entourait était tout aussi sympa : Grégory Meldray, jeune pianiste/accordéoniste qui nous accompagnait en répétition et sur scène, Jacqueline Bilocq pour la mise en scène (et les randos ;-).

Le répertoire que Christophe avait retenu alternait des grands standards de Lama et des titres moins connus, tous empruntés à la période 1963-1982. Voici la setlist, dans l'ordre du spectacle :
01. Le secrétaire
02. D'aventures en aventures
03. Une île
04. Mon ami, mon maître
05. Le gibier manque et les femmes sont rares
06. Où vont tous ces bateaux ?
07. Je suis malade
08. Star
09. L'Algérie
10. Le roi du café-tabac
11. Le temps de la rengaine
12. Dans l'espace
13. Marie la Polonaise
14. Les ports de l'Atlantique

Bien sûr, les chansons les plus "lyriques", comme Je suis malade, Marie La Polonaise ou Dans l'espace, sont celles qui emportent le plus fortement le public. Mais il faut vraiment avoir travaillé des titres comme Le gibier ou Le roi du café-tabac pour s'apercevoir combien ces chansons ne sont pas aussi "faciles" qu'elles en ont l'air : la musicalité des voix harmonisées embellit les textes truculents de Lama. Pour ma part, celles que j'ai préféré chanter sont L'Algérie et Les ports de l'Atlantique. Dans la première, les voix d'hommes (qui ont la mélodie sur les couplets) donnent toute leur puissance à l'évocation à la fois douloureuse et nostalgique de ce "beau pays". Dans la seconde, le chœur de 150 personnes amplifie les accents d'ambiance marine et le balancement de la chanson.

Le spectacle donné le vendredi soir a été un vrai succès. La salle, où avait pris place au premier rang..., eh oui... Serge Lama la petite dame en rouge, était comble et conquise ! Nous étions tous très heureux du résultat final, Christophe nous a félicités, mais sans lui rien n'aurait été aussi réussi !

On se sent un peu vide quand les lumières s'éteignent et qu'il faut quitter des compagnons de chant avec qui on a lié partie et partition en si peu de jours. On songe déjà à de prochaines fois : Chœur & Création organise des week-ends et des semaines chantantes dans tous les styles. Une très, très belle expérience, que je renouvellerai assurément et que je vous invite vraiment à vivre si vous êtes choriste... ou si vous souhaitez le devenir ! Car chanter c'est respirer, et respirer c'est vivre !

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La directrice du village vacances a posté quelques extraits vidéos du spectacle sur Facebook : Les ports de l'Atlantique ; Je suis malade et des photos : ici et surtout .
Le quotidien La Montage a publié un article sur notre semaine.

dimanche 1 septembre 2013

Quand on revient de là, Serge Lama

Même lorsqu'ils ont atteint une notoriété confortable, il peut arriver aux chanteurs pendant leurs tournées de séjourner dans des hôtels... qui le sont moins. C'est la mésaventure que raconte Serge Lama dans une interview au magazine Pleine vie en janvier 2002. Cette infortune d'un soir lui a inspiré les paroles de Quand on revient de là. Serge Lama explique au journaliste qu'il a voulu évoquer "ces gens qui ont tout raté dès le départ, qui se sont trompés de chemin".

Cette chanson, c'est en effet le chant d'une personne désespérée, désabusée. Mais peut-on d'ailleurs parler d'une "personne", car du début à la fin de la chanson, l'interprète s'adresse à l'auditeur sous la forme d'un "on"... impersonnel.

C'est donc le chant d'une personne "revenue" de tout, et ce "tout" est décliné au fil des six premiers couplets, marquées par l'anaphore sur le vers "Quand on revient de là". Comme chacun le sait depuis... l'élection présidentielle de 2012, cette figure de style consiste en la reprise d'un même élément au même endroit de chaque paragraphe dans un texte. Musicalement, cette anaphore est soulignée par la reprise lancinante des cinq notes de piano jouées dès le début du titre.

Toutes ces choses dont "on revient" sont par ailleurs détaillées sur ces six couplets en crescendo, crescendo appuyé dans l'arrangement musical par l'ajout successif des percussions, des chœurs (Léna Ka sur la version studio de 2001), des grincements de guitare électrique, et de la batterie.

On comprendra aisément que ces choses énumérées par l'auteur évoquent des expériences douloureuses : l'ennui, le vieillissement, la tentation du suicide, le fatalisme face aux événements "que le hasard décide", la subordination aux autres, à "ces gens qui nous décident", la domination par l'argent, jusqu'au déterminisme social qui empêche à leur tour nos enfants "d'échapp[er] à leurs acides". Autant de choses qui, depuis la nuit des temps, pèsent sur nos vies comme les "anciens toits" sur les "cariatides". L'utilisation de sonorités vocaliques froides en -i et -ide sur les rimes de presque tous ces couplets amplifie la dimension dramatique du propos.

Au passage, notons aussi dans le 5e couplet le double sens original des "noces d'argent". Noces d'argent, si longues qu'elle ont laissé place à l'ennui, ou noces édictées par les conventions sociales et financières... Dans ce même couplet, on relèvera aussi cet oxymore singulier sur les "bonheurs arides".

Mais après ce long crescendo, une rupture intervient dans le couplet final. Le clavier reprend la première place derrière les autres instruments qui s'effacent et, mezzo piano, l'interprète nous livre sa conclusion : toute vie, aussi douloureuse soit elle, n'est finalement qu'un bref passage. Le destin, comme le temps, est changeant, tantôt "pas très chaud", tantôt "un peu trop froid". Mais au terme de ce passage, nous sommes promis à "retourner là-haut". Par un effet de transcendance, nous sommes voués à un au-delà figuré ici par l'image de l'arbre, symbole de hauteur et de longévité.

Quand on revient de là, 2001, Album Feuille à feuille
Paroles : Serge Lama ; musique : Sylvain Michel
Ecouter ce titre sur Spotify ou sur Deezer
Lire les paroles sur le site officiel de Serge Lama

dimanche 30 septembre 2012

Je voudrais tant que tu sois là, Serge Lama

Le titre lui-même suggère une situation qui, dès le deuxième couplet, se révèle sans équivoque : Je voudrais tant que tu sois là décrit l'amour d'un homme pour une femme qui ne partage pas toute sa vie, une femme qui peut-être est loin de lui, ou plus probablement aime et vit avec un autre homme.

C'est la chanson d'un manque, d'une douleur. l'expression pathétique d'un sentiment à sens unique. Le personnage qui s'y exprime à la première personne est à ce point enferré dans son sort que le temps s'est arrêté aux portes de son "avenir qui se repose", qu'aucune bribe de vie ne lui paraît encore possible :
Dans mon désert y'a pas de fleurs
Pas d'oasis et pas de vent
Tout, pour lui, semble fini, au sens propre et figuré de ce qualificatif, dans cet "univers borné" (joli oxymore), dans cette "chambre close", où elle seule pourrait "élargir son espace".

L'amour, dans cette longue litanie qu'il adresse à celle qui est la cause de son désarroi, est par ailleurs un amour quantifié : il espère d'elle qu'elle vienne "plus souvent", se désole qu'elle ne l'aime "pas assez", exprime le souhait de "l'avoir un jour tout à moi", se déclare même prêt à en "payer le prix d'avance".

On comprend, lorsque celle qu'on aime partage son temps et ses sentiments entre deux hommes, que l'amour devienne une réalité comptabilisée. Mais comment, avec les yeux rivés sur l'horloge et le calendrier, éveiller chez l'autre le désir d'un sentiment amoureux partagé, comment passer de ce "t'avoir tout à moi" à un "être ensemble" ?

C'est à peine imaginable, et cela explique que cette longue plainte, écrite à la première personne, ne soit tournée que vers celui qui la lance, incapable de se détacher de son ego : "ma lassitude, ma solitude, mon espérance".

Bien sûr, l'amour rend aveugle, le manque et le chagrin d'amour aussi. Les larmes piquent les paupières, mais elles apaisent aussi la douleur et en effacent les traces. Sans doute cet amour est-il un amour impossible, peut-être même peu souhaitable. Mais la douleur qu'il procure, quelle qu'en soit son issue, demeure un mal nécessaire, un passage obligé dans la traversée de ce "désert" où il n'y a "pas de fleurs, pas d'oasis et pas de vent".

Je voudrais tant que tu sois là, Paroles : Serge Lama, Musique : Yves Gilbert, 1977

dimanche 15 juillet 2012

Le quinze juillet à cinq heures, Serge Lama

"Le 15 juillet à 5 heures", c'est la chanson d'un instantané. Serge Lama l'a écrite alors qu'un journaliste lui demandait de poser pour une photo, en train d'écrire, à l'issue une interview.

Le calendrier et la montre semblent s'être arrêtés sur cette homme et cette femme, amants d'une vie ou peut-être d'un moment, amants installés temporairement dans un lieu d'emprunt, "la maison de Frédérique", après 5h, au coeur d'une journée d'été, et qui remettent à "tout à l'heure" le café qu'il faut préparer ou cette lettre qu'il faut écrire.

De cette chanson se dégage une torpeur toute estivale, qui ralentit les mouvements, assourdit les sons et exacerbe chaque sensation. Son "piano s'endort enfin" et laisse la place à la "chanson des frelons", tandis qu'on s'installe "dans un bruit feutré de sandales" et que "le vent s'épuise". La chaleur amplifie les senteurs des "fleurs cueillies fraîches de ce matin". Seules des sensations gustatives rafraîchissent cette torpeur : on "mange du melon", elle "croque des raisins bien tendres".

Et ces douceurs épicuriennes évoquent d'autres plaisirs, d'autres ivresses attendues après "un verre de whisky" ou "une cigarette", ivresses qui peut-être lui feront croire qu'il l'a "aimée ailleurs peut-être", et qui donnent à une relation passagère ce caractère d'éternité qu'on voudrait tant lui imprimer.

Mais ce plaisir est éphémère. Le temps, inévitablement, reprendra ses droits, ses obligations et son cours. Il faudra "reprendre la vie d'artiste", la monotonie de ce quotidien dans leur (ou dans son ?) "appartement où l'on s'ennuie". Il faudra oublier ce moment fusionnel et privilégié et revenir aux convenances sociales, en invitant "Frédérique, mes frères, tes soeurs, toute la clique". Le souvenir du 15 juillet à 5 heures ne sera plus alors "qu'une odeur", de fleurs coupées et de baisers sucrés.

Le 15 juillet à 5 heures, paroles : Serge Lama, Musique : Yves Gilbert, 1968

dimanche 27 novembre 2011

Les Grands espaces d'Isabelle Boulay

C'était un vrai bonheur de retrouver Isabelle Boulay hier sur la scène du théâtre du casino Barrière à Lille, quatre ans après le spectacle  Ta route est ma route que j'avais vu au Kursaal de Dunkerque. L'artiste apparaît dans un tailleur pantalon noir très classique, qu'elle troquera en milieu de soirée pour une tenue plus décontractée.
Sur la scène, les quatre musiciens prennent place autour d'une estrade ronde dont le contour blanc permet des jeux de lumière. Isabelle Boulay exploite cet espace en s'y tenant debout à plusieurs reprises, ou encore en s'asseyant sur son rebord afin d'interpréter des chansons dans une atmosphère plus intimiste. Dans le fond de la scène, le rideau noir découvre au gré de certains titres un immense écran lumineux, qui tantôt crée des ombres chinoises, tantôt apporte une couleur particulière à certaines chansons, comme ce bleu ciel sur Les grands espaces et surtout le jaune et rouge repris du texte sublime de Fin octobre début novembre. A l'image du dernier album sorti récemment, le concert s'articule autour à la fois des grandes chansons de variété de l'interprète et autour de reprises. Entre chaque partie, Isabelle raconte au public ce qu'il va entendre, avec cet accent si charmant de sa Gaspésie natale... et son inébranlable flegme. On commence en douceur par quatre ou cinq chansons tirées du nouvel album, dont la fabuleuse reprise de « Souffrir par toi n'est pas souffrir » d'Etienne Roda-Gil et Julien Clerc. Puis se succèdent trois séries de trois titres chacune, qui donnent tout d'abord à l'enfant de Sainte-Félicité le bonheur d'interpréter les "chansons d'ouvriers" de son enfance, puis des titres de country que lui faisait écouter sa tante Adrienne, et enfin des grands standards américains dont Can't help falling in love with you d'Elvis Presley. Le spectacle se poursuit avec des titres tirés du propre répertoire de l'interprète, dont Voulez-vous l'amour, magnifique composition sur la complexité du sentiment amoureux offerte à Isabelle par son "frère de coeur", Benjamin Biolay, puis quelques succès qui ont marqué la carrière de l'artiste. Cette dernière séquence va crescendo, en commençant par une interprétation dépouillée mais très réussie de Parle-moi, sur trois guitares et une basse simplement. La chanteuse et ses quatre complices commencent la chanson assis tout autour de l'estrade, puis se lèvent pour regagner leurs places et enchaîner avec des titres plus rythmés. Et c'est ainsi qu'ils nous amènent au terme de deux petites heures d'un réel bonheur. Avec à la fois l'élégance et la simplicité qui forgent sa personne, Isabelle Boulay sait donner à ses chansons et aux reprises qu'elle a choisies beaucoup d'ampleur, de couleur et de vie. Le public ne s'y trompe pas, qui rappellera l'artiste par deux fois. Pour le second rappel, c'est presqu'en s'excusant qu'Isabelle annonce qu'elle va prêter sa voix à Dis quand reviendras-tu de Barbara, l'Eternelle. Mais envahi par l'émotion qui se dégage de ce merveilleux hommage, on se dit que la grande dame brune elle-même aurait succombé à cet indéfinissable charme de celle qui, derrière le rideau, déjà et trop tôt s'efface. ---- Sur le nouvel album et cette tournée qui débute, lire ces deux interviews accordées à La voix du Nord et Nord Eclair. Dates de la tournée sur le site d'Isabelle Boulay.

mardi 19 avril 2011

Mon vieux, Daniel Guichard

Dès que j'entends vibrer les premiers accords d'accordéon de Mon vieux, ma gorge se noue. Déjà lors de sa sortie, dans les années 70, cette chanson résonnait en moi comme une irrémédiable prémonition. Aujourd'hui, elle réveille le souvenir d'occasions ratées, d'irréparables regrets.

La chanson est datée socialement, dans cette époque où "y avait qu'un dimanche par semaine", où la semaine de 35 heures et l'industrie des loisirs n'existaient pas encore. Je n'ai pas été l'enfant d'ouvrier à qui Daniel Guichard prête sa voix, mais la chanson contient certaines similitudes avec ma propre histoire, mon propre père : le "vieux pardessus râpé", les soirs où "il s'asseyait sans dire un mot", les jours où "tout y passait, bourgeois, patrons, la gauche, la droite, même le bon Dieu". Chez nous non plus "y avait pas la télé". Du moins pas avant que je n'atteigne mes 15 ans, et que pour une cousine venue passer des vacances d'été, mes parents dégotent une vieille lucarne. Auparavant, c'est chez mes grand-parents que de temps à autre je suivais Belle et Sébastien, ou chez des amis de mes parents que j'ai vu le premier homme marcher sur la Lune.

Daniel Guichard évoque avec beaucoup de tendresse, de gratitude, ce "vieux" qui lui a transmis la valeur du travail, de l'argent chichement et durement gagné, le bonheur modeste mais véritable de ces étés où "on allait voir la mer". Il ne regrette pas les dimanches monotones où "on ne recevait jamais personne". Ses regrets se portent davantage sur tout ce qu'un enfant de 15 ans ne peut pas voir, absorbé par le besoin "d'aller chercher pendant quelques heures l'évasion". A cet âge où l' "on n'a pas le coeur assez grand pour y loger toutes ces choses-là", où la relation père-fils, lestée par le poids de l'éducation, est taciturne, rude, distante.

Le dialogue, les moments de complicité, les gestes d'affection, tout est difficile. Tout ça m'était, nous était difficile, et pourtant tellement nécessaire et attendu. Entre culpabilité et regret, ne subsiste maintenant que le souvenir de quelques cadeaux échangés, objets qui disaient l'amour que les mots ne savaient formuler. Le souvenir de ce jour où nous sommes longuement serrés dans les bras et où j'aurais tant aimé laisser ma joie pleurer, ce jour qui aujourd'hui 19 avril me rappelle que j'aimerais bien que tu sois près de moi, ... Papa.

Mon vieux, Paroles originales : Michelle Senlis, remaniées par Daniel Guichard ; Musique : Jean Ferrat, 1962, 1974.
Lire le texte de la chanson sur le blog La citation du jour.

dimanche 10 avril 2011

Zaz, La fée

Après Je veux puis Le long de la route, La fée est le 3e single extrait du premier album de Zaz sorti en mai 2010. Ecrit et composé par Raphael, ce titre est l'un de ceux qui m'ont immédiatement séduit dans l'album. Le clip, quant à lui, a une histoire singulière : c'est une video amateur postée sur Youtube et repérée par l'équipe de l'artiste. Le film en noir et blanc,qui  met en scène les deux jeunes enfants de son auteur, reflète bien l'univers de la chanson. Quand j'entends cette chanson, je trouve que la "fée" représente, de façon allégorique, tout ce qui, en nous-même, nous empêche d'oser, d'avancer dans nos vies, de décoller : la fée a des ailes, mais ses ailes sont "grillées" :
Moi aussi j'ai une fée chez moi qui voudrait voler mais ne le peut pas...
L'accompagnement au piano, composé de trois accords répétés en boucle, souligne cette sensation de "sur place", de statu quo. Ce n'est qu'à la fin que le solo de cuivres permet à la chanson de s'extirper qelque peu de ce carcan mélodique, de même que dans le clip la petite fille finit par ôter ses ailes. La chanson met aussi en évidence que tous ces blocages habitent véritablement notre for intérieur, à l'instar de la fée qui a élu domicile chez celui qui l'a recueillie :
depuis mes étagères elle regarde en l'air la télévision en pensant que dehors c'est la guerre elle lit des périodiques divers et reste à la maison
Le texte s'appuie par ailleurs sur une opposition forte entre l'extérieur et l'intérieur, le froid et le chaud, le péril et le cocon : Dehors "tout était recouvert de givre" ; dedans "ça sentait le café". Dehors "c'est la guerre " et "la lune finissait ivre" ; dedans "je préfère l'embrasser ou la tenir entre mes doigts". On peut enfin s'interroger sur le choix de la fée, dans cette allégorie, pour représenter nos peurs, nos appréhensions, nos inhibitions. La figure de la fée est en effet communément associée au merveilleux, à la "bonne fée". Mais la fée, étymologiquement du latin fatum,  représente aussi la fatalité, ce contre quoi on ne peut rien :
elle doit bien savoir qu'elle ne peut pas, ne pourra jamais plus voler
Une fort belle chanson, à laquelle le talent de Raphael n'est pas étranger, et que Zaz met pleinement en valeur à travers une interprétation sensible et retenue.